Entre juin et septembre 2026, deux séries d’ateliers ont réuni dans le Boulgou et le Kourittenga des jeunes déplacées, des femmes handicapées et des mères aidantes. Résultat : plus de 400 articles d’hygiène menstruelle cousus de leurs mains, et un sujet longtemps tu enfin mis sur la table.
Au Boulgou comme dans le Kourittenga, les règles restent un sujet que l’on évite. Dans les familles comme à l’école, on en parle peu, souvent à voix basse, parfois pas du tout. Pour les filles et les femmes que la crise a fragilisées, ce silence se double d’une contrainte très concrète : celle du budget.
C’est à ce double obstacle que s’est attaquée la Croix-Rouge burkinabè à Tenkodogo, Bagré et Koupéla. Dans le cadre du projet IMPACT-BF, elle a réuni des jeunes filles déplacées internes, scolarisées ou non, des membres d’associations de personnes handicapées, ainsi que des mères accompagnant une fille ou une parente vivant avec une insuffisance musculaire chronique ou des séquelles d’AVC. Des profils différents, une même question : comment gérer ses règles dignement quand les moyens font défaut ?
Lorsque la serviette jetable devient une dépense de trop, les conséquences sont bien connues des spécialistes de la santé sexuelle et reproductive : protections de fortune, risques d’irritations et d’infections, jours d’école manqués, isolement. Pour les femmes en situation de handicap, la difficulté est double, car l’hygiène dépend parfois d’une tierce personne, et ces besoins restent largement absents des programmes.

De la parole à l’ouvrage
Organisées avec les directions provinciales de la famille et de la solidarité du Boulgou et du Kourittenga, les sessions de juin et de septembre 2026 ont débuté par des échanges sur les droits en matière de santé sexuelle et reproductive : comprendre le cycle menstruel, en parler sans gêne, connaître les gestes d’hygiène. Ce temps de parole était indispensable avant de prendre ciseaux et aiguilles.
Les participantes ont ensuite confectionné plus de 250 serviettes réutilisables et 150 culottes de gestion de l’hygiène menstruelle. Ces dernières répondent aussi à un besoin rarement évoqué, celui de l’après-couche chez les femmes handicapées. Lavables et durables, ces articles allègent une charge financière récurrente.

L’organisation a elle aussi fait l’objet d’une attention particulière. Une salle de plain-pied a permis aux utilisatrices de fauteuil roulant d’entrer sans aide, et un espace discret a été prévu pour les mères allaitantes. Ces aménagements n’ont rien d’accessoire : ils déterminent qui peut participer, et donc qui peut apprendre.

Reste à mesurer ce que ces ateliers ne peuvent pas faire. Une serviette lavable suppose de l’eau et du savon, et ne remplace ni les services de santé ni une éducation à la santé sexuelle et reproductive menée dans la durée. L’apport est ailleurs : dans un savoir-faire transmissible, qui peut passer d’une voisine à une sœur, d’une mère à sa fille, bien après la fin du projet.
IMPACT-BF est mis en œuvre par la Croix-Rouge burkinabè avec Light for the World et l’Association d’appui et d’éveil Pugsada (ADEP), grâce au financement de l’Agence autrichienne de développement.
Source : lefaso.net

